La Belle Victoire › Notions › École
L'école, censée être méritocratique, reproduit en fait les inégalités sociales en récompensant le capital culturel hérité, présenté comme du talent individuel.
L'accès au lycée et au bac s'ouvre à un nombre croissant d'élèves de toutes origines (massification quantitative) → mais les filières les plus valorisées (générale, grandes écoles) restent en pratique davantage occupées par les enfants de milieux favorisés → l'écart de diplôme entre catégories sociales se réduit en façade (tout le monde a le bac) mais se déplace vers le TYPE de filière et d'établissement (démocratisation ségrégative).
À résultats scolaires égaux, une famille populaire évalue le coût et le risque de poursuivre des études longues comme plus élevés (craintes financières, peur de l'échec, méconnaissance du système) → elle oriente son enfant vers une filière plus courte ou moins ambitieuse → une famille aisée, avec les mêmes résultats de l'enfant, choisit la filière la plus prestigieuse → ces choix rationnels mais socialement différenciés créent des inégalités de destinée qui ne viennent pas des performances scolaires elles-mêmes.
De plus en plus d'individus obtiennent un diplôme donné (ex : le bac ou la licence) au fil des générations → mais comme le diplôme se banalise, il perd de sa valeur distinctive sur le marché du travail (inflation des diplômes) → paradoxalement, à un niveau de diplôme donné, la position sociale obtenue peut être moins bonne qu'auparavant, même si individuellement chacun a plus de chances qu'avant d'atteindre ce niveau de diplôme.
Cette notion appartient au chapitre Quelle est l'action de l'école sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?, où figurent l'ensemble des définitions, des mécanismes et des auteurs attendus.