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Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?
Justice sociale · programme de Terminale · 19 notions, 12 mécanismes, 6 auteurs
Les notions du chapitre
- Justice sociale : Principe selon lequel la société doit organiser la répartition des ressources, droits et opportunités selon des critères jugés justes (égalité, équité, mérite, besoins).
- Égalité des droits : Principe républicain : tous les citoyens ont les mêmes droits formels (vote, travail, propriété). Ne garantit pas l'égalité réelle.
- Égalité des situations : Vise à réduire les écarts de revenus, conditions de vie. Implique la redistribution. Principe de gauche/social-démocrate.
- Égalité des chances : Vise à donner à chacun les mêmes opportunités de réussite, indépendamment de son origine. N'exclut pas les inégalités de résultats si elles sont méritées.
- Équité : Traitement adapté aux situations individuelles, pour rétablir l'égalité réelle. Ex : aide aux plus démunis, discrimination positive.
- Discrimination positive : Politique visant à favoriser les groupes désavantagés (femmes, minorités, classes populaires) pour compenser les discriminations passées ou structurelles. Controversée (USA, France : ZEP).
- Redistribution : Action des pouvoirs publics modifiant la répartition primaire des revenus via prélèvements obligatoires (impôts, cotisations) et prestations sociales (allocations, services publics).
- Redistribution verticale : Transferts des plus aisés vers les plus pauvres (RSA, allocations logement). Réduit les inégalités de revenus.
- Redistribution horizontale : Transferts entre groupes aux risques différents (actifs → retraités, bien-portants → malades). Mutualise les risques sociaux.
- Protection sociale : Ensemble des mécanismes (cotisations, prestations) qui protègent les individus des risques sociaux : maladie, vieillesse, chômage, famille, exclusion. ~30% du PIB en France.
- Services publics : Services accessibles à tous (école, santé, justice, transports) qui réduisent les inégalités d'accès aux biens essentiels et favorisent l'égalité des chances.
- Fiscalité : Système d'impôts. Peut être progressive (taux croissant avec le revenu, IRPP), proportionnelle (taux fixe, TVA) ou régressive (poids plus lourd sur les bas revenus).
- Impôt progressif : Impôt dont le taux augmente avec le revenu (IRPP en France). Outil de redistribution verticale. Réduit les inégalités de revenus disponibles.
- Trappe à inactivité : Situation où un chômeur a peu d'intérêt à reprendre un emploi car les prestations perdues annulent le gain salarial. Effet désincitatif des prestations sous condition de ressources.
- Désincitation au travail : Risque que des prestations sociales généreuses réduisent l'incitation à travailler. Critique libérale de l'État providence. Atténué par la prime d'activité.
- Voile d'ignorance (Rawls) : Expérience de pensée : pour définir une société juste, imaginons que nous ne sachions pas quelle position nous occuperons (riche/pauvre). Quels principes choisirions-nous ? → maximin.
- Principe de différence (Rawls) : Les inégalités sociales et économiques ne sont justes que si elles bénéficient au plus défavorisé. Justifie la redistribution mais pas l'égalitarisme absolu.
- Discrimination : Traitement défavorable d'une personne en raison d'un critère illégitime (origine, sexe, religion, âge, orientation sexuelle, handicap). 25 critères prohibés en France.
- Citoyenneté sociale (Marshall) : Extension de la citoyenneté civile et politique aux droits sociaux (santé, éducation, retraite, logement). Construction progressive au XXe siècle (État providence).
Les mécanismes à savoir dérouler
La dynamique r > g de Piketty
Si le rendement du capital (r = loyers, dividendes, intérêts) > taux de croissance (g), les détenteurs de capital s'enrichissent plus vite que la moyenne → part du capital dans le revenu national augmente → inégalités de patrimoine croissantes.
La redistribution et son impact
Revenus primaires (avant redistribution) : Gini ~0,5 en France. Redistribution (impôts progressifs + transferts sociaux) → revenus disponibles : Gini ~0,3. Réduction de 40 % des inégalités. La France a l'un des systèmes redistributifs les plus puissants de l'OCDE.
Le mécanisme de r > g et la concentration du patrimoine
Piketty (2013) : quand le rendement du capital (r) dépasse durablement le taux de croissance (g), les patrimoines s'accumulent plus vite que les revenus du travail → concentration croissante. Ex : r ~5%, g ~1-2% → les plus riches deviennent proportionnellement plus riches chaque année. Solution proposée : impôt mondial progressif sur le capital.
Le mécanisme de l'effet de Matthieu et la reproduction des avantages
Merton (1968) : les avantages s'auto-renforcent. Les plus riches accèdent aux investissements les plus rentables (capital-risque, immobilier de prestige), aux meilleures écoles, aux réseaux les plus valorisés → spirale des inégalités. Les plus pauvres subissent l'inverse : logements insalubres → mauvaise santé → moins de productivité → bas salaires → mauvais logements.
Le mécanisme de la redistribution fiscale et ses limites
La redistribution opère via : (1) impôts progressifs (IR → les riches paient proportionnellement plus) ; (2) transferts sociaux (allocations → ciblés vers les plus pauvres) ; (3) services publics (éducation, santé gratuits → valeur pour les ménages modestes). Limites : évasion fiscale des très riches, désincitatifs (courbe de Laffer), trappes à inactivité pour les plus pauvres.
Le mécanisme de la pauvreté multidimensionnelle
Sen (1985) : la pauvreté n'est pas uniquement monétaire, c'est un manque de capabilités (libertés réelles de mener une vie digne). Mesure IDH (PNUD) : revenu + santé + éducation. Mesure de pauvreté en conditions de vie (INSEE) : 27 indicateurs de privation. Un individu peut être au-dessus du seuil monétaire mais en privation réelle (logement insalubre, isolement, etc.).
La logique du voile d'ignorance de Rawls
Si on ne sait pas dans quelle position sociale on va naître, on choisit des principes de justice qui protègent les plus défavorisés (car on pourrait l'être). → Redistribution et égalité des chances sont rationnellement justifiées.
L'utilitarisme et la redistribution
Bentham : l'utilité marginale de la richesse est décroissante. 1 000 € supplémentaires apportent plus de bonheur à un pauvre qu'à un riche → redistribuer des riches vers les pauvres augmente le bien-être total.
Le mécanisme du voile d'ignorance (Rawls)
Rawls (1971) : pour choisir des principes de justice impartiaux, imaginons une 'position originelle' où l'on ignore sa place dans la société (voile d'ignorance, on ne sait pas si on naîtra riche ou pauvre, talentueux ou pas). Derrière ce voile, on choisirait : (1) libertés fondamentales égales pour tous ; (2) inégalités admises seulement si elles profitent aux plus démunis (principe de différence). Justification philosophique de la redistribution.
Le mécanisme de la méritocratie et son paradoxe
La méritocratie suppose l'égalité des chances : chacun occupe la position que son talent et son travail méritent. Paradoxe : si les conditions de départ sont inégales (capital culturel, réseau, santé), les compétitions méritocratiques valorisent des avantages sociaux déguisés en mérite individuel. Sandel (2020), hors programme, pour l'ouverture : l'hubris méritocratique des 'gagnants' alimente le ressentiment des 'perdants' → populisme.
Le mécanisme de la justice redistributive et ses tensions
La justice redistributive cherche à réduire les inégalités via fiscalité et transferts. Tension fondamentale : (1) équité, les inégalités injustes (de circonstances) doivent être corrigées, mais les inégalités justes (de choix) doivent être préservées (Dworkin) ; (2) efficacité, trop de redistribution peut décourager l'effort (courbe de Laffer, trappes à inactivité). L'arbitrage équité/efficacité est au cœur des débats politiques.
Le mécanisme de la justice procédurale vs substantielle
Justice procédurale (Nozick) : un résultat est juste s'il résulte d'un processus juste (échanges libres et volontaires). Justice substantielle (Rawls, Dworkin) : un résultat est juste s'il satisfait certains critères (principe de différence, égalisation des capabilités). Tension : le marché peut être un processus juste mais produire des résultats très inégaux → faut-il corriger le résultat ou le processus ?
Les auteurs attendus
- Rawls (1971) : "Théorie de la justice" : derrière un voile d'ignorance, les individus rationnels choisiraient 2 principes : 1) libertés fondamentales égales, 2) inégalités acceptables seulement si elles bénéficient aux plus défavorisés (principe de différence).
- Sen (1985) : Capabilités : la justice consiste à donner à chacun les capacités réelles de mener la vie qu'il valorise. Va au-delà des revenus : éducation, santé, libertés.
- Nozick (1974) : Libertarien : justifie un État minimal. Toute redistribution forcée est une violation des droits individuels. Seule la justice procédurale (échanges libres) compte.
- Marshall (1950) : Théorise la 'citoyenneté sociale' : extension progressive des droits civils (XVIIIe), politiques (XIXe), sociaux (XXe). L'État providence comme aboutissement.
- Dworkin : Justice comme égale considération : la société doit compenser les désavantages dont les individus ne sont pas responsables (talents, famille) mais pas leurs choix.
- Sandel (2020), hors programme, pour l'ouverture : "La Tyrannie du mérite" : critique de la méritocratie qui légitime les inégalités. Génère hubris des gagnants et ressentiment des perdants.
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La Belle Victoire, préparation au baccalauréat de sciences économiques et sociales.
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